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Ce que j'ai aimé, apprécié..., ce qui m'a ébloui, bouleversé...

J'ai vu, j'ai entendu, j'ai lu... et j'ai écrit

Ce qui m'a touché..., profondément. Ça peut vous intéresser…

21 mars 2013 / chronique « Whisky Songe de Monomotapa » dans Le Libé des Écrivains

J'ai eu le plaisir et l'honneur de participer au traditionnel Libé des Écrivains du 21 mars à la veille du Salon du Livre. On m'avait proposé d'assurer une chronique « On achève bien d'imprimer » et d'écrire quelque chose sur mes rencontres en librairies, cette pratique française qui n'a pas d'équivalent au Japon. Mais cela ne m'inspirait pas. Finalement, j'ai choisi de parler de J.-B. et d'honorer sa mémoire d'une manière toute personnelle.
Lire « Whisky Songe de Monomotapa » : LinkIconICI.

31 janvier 2013 : sortie en librairie de Mélodie, chronique d'une passion, Gallimard, col. « L'un et l'autre » dirigée par J.-B. Pontalis

Mon nouveau livre Mélodie, chronique d'une passion sort aujourd'hui en librairie. Ce livre est dédié à mon père qui est pour moi une source d'énergie spirituelle et d'élan vital, si j'ose dire. Mais. à présent, je voudrais le dédier aussi à J.-B. Pontalis qui n'a pas pu le voir dans son état de livre définitif et achevé. J.-B. fut pour moi un merveilleux accoucheur. J'exprime ici toute ma gratitude à son égard.

En savoir plus sur le site de Gallimard —> LinkIconICI.

30 janvier 2013 : J.-B. Pontalis

Quinze jours se sont écoulés depuis la disparition de J.-B.... Pendant ces quinze jours, je n'ai cessé de penser à lui. Demain paraît Mélodie, chronique d'une passion, un des derniers livres qu'il aura édités.


Quatre ans d’amitié : un dialogue qui commence...

J.B. Pontalis est mort le 15 janvier 2013 à l’aube de ses 89 ans. Il est parti sans avoir attendu la parution de Mélodie, chronique d’une passion.
C’est Daniel Pennac, à qui est dédié le merveilleux Songe de Monomotapa, qui m’a présenté J.-B.. En 2008, j’étais allé chez Daniel pour travailler avec lui sur ma traduction en japonais de Chagrin d’école. La traduction était pratiquement terminée. Mais j’avais des doutes à dissiper, des problèmes à résoudre, des questions à clarifier.
Je connaissais J.-B. Pontalis bien sûr à travers certains de ses écrits. J’avais maintes fois consulté son Vocabulaire de la psychanalyse écrit en collaboration avec Jean Laplanche ; j’avais beaucoup aimé la Préface qu’il avait donnée aux Confessions de Rousseau dans l’édition Folio. Surtout, j’avais entendu sa voix chaude de baryton dans une magnifique émission de France Culture consacrée à Jean Starobinski. Il parlait de son ami genevois avec admiration et avec une « certaine envie » qu’il ne cachait pas. Lorsque j’ai fini de parler à Daniel Pennac de tout ce que représentait pour moi J.-B. Pontalis, il a, en ma présence, immédiatement appelé son ami pour lui proposer de venir dîner chez lui le lendemain. Son unique objectif était de me présenter le célèbre psychanalyste-écrivain-éditeur pour qui il avait réalisé un CD nommé Une lecture égoïste, une admirable anthologie de textes de J.-B. Pontalis.
Au cours de la soirée gaie et joviale, beaucoup de mots ont été échangés entre J.-B. et moi. Il s’est intéressé à mon parcours, à mon existence prise entre ma langue d’origine et cette langue venue d’ailleurs qu’est le français, à mon engagement et mon investissement dans cette dernière. Je me souviens d’avoir évoqué cette émission sur Starobinski dans laquelle il avait été malencontreusement présenté comme Jean-Baptiste Pontalis. C’est ce soir-là, chez Daniel Pennac que j’ai pris conscience, d’une part, de son vrai prénom Jean-Bertrand et, d’autre part, de la manière dont il préférait se faire appeler par ses amis : Jibé. Quand j’ai fini de parler de mon admiration pour son ami Jean Starobinski, il m’a demandé si le maître genevois le savait. J’ai répondu : « Bien sûr que non. » Il m’a alors dit : « Il y a de quoi faire un livre dans tout cela ! »
La soirée finie, je l’ai accompagné avec Daniel jusqu’au taxi qui l’attendait. Avant de se glisser dans la voiture, il m’a chuchoté à l’oreille : « Ce n’est pas une plaisanterie, ce que j’ai dit tout à l’heure... »
Le lendemain, Daniel, qui devait déjeuner avec Antoine Gallimard, m’a proposé de l’accompagner. Il voulait que nous allions saluer J.-B. dans son bureau gallimardien, bureau 139. Lorsque nous avons traversé le hall d’entrée du labyrinthique immeuble situé 5 rue Sébastien Bottin (aujourd’hui 5 rue Gaston Gallimard), Daniel m’a dit en ébauchant un grand sourire qui lui est propre : « Bientôt, on aura une photo de toi ici ! ». Nous sommes allés au troisième étage en montant l’étroit escalier en colimaçon. Il était un peu avant midi. J.-B. était dans son bureau. Assis devant les piles de manuscrits reçus, une cigarette à la bouche, il avait quelques pages de A4 à la main. Les deux amis se sont taquinés à je ne sais quel sujet comme de joyeux adolescents, comme deux larrons en foire. Mais Daniel, aussitôt, nous a laissés pour aller à son rendez-vous.
J.-B. a sélectionné cinq ou six livres (dont Le partage des mots de Claude Esteban) de la collection « L’un et l’autre » pour me les donner et il a réitéré son idée de me faire écrire un texte sur mon amour de la langue française. Cette fois, j’ai pris au sérieux la proposition venant du célèbre psychanalyste qui est en même temps l’un des éditeurs les plus admirés.

C'était le 10 septembre 2008. Ce fut là le début de quatre ans d’amitié. Quelques jours après, j'étais chez moi à Tokyo et je me plongeais dans la furie d'un processus d'écriture qui ne prenait fin que cinq mois plus tard. J.-B. lut mon premier jet ; il me demanda de supprimer des pages trop universitaires à son goût et d'en développer d'autres, plus narratives, plus personnelles. Je pris en compte son conseil avisé et je lui donnai mon manuscrit définitif en mars 2010. Le livre, baptisé Une langue venue d'ailleurs, parut en janvier 2011 et fut couronné, quelques mois après, de deux prix littéraires. J.-B. s'en réjouit comme si c'était pour lui.

Depuis mon arrivée à Paris en juillet 2012, j’ai vu J.-B. une dizaine de fois dans son bureau. Chaque fois, c’était un moment d’une gaieté salvatrice. Il me donnait de l’énergie. Oui, J.-B. était une source d’énergie intarissable. Maintenant que je n’ai plus l’occasion de monter au bureau 139, où trouver ma fontaine de jouvence ? Comment combler le trou béant laissé par sa disparition ?
Le 22 janvier, trois jours après l’inhumation du corps de J.-B., je suis allé chez Gallimard pour signer les exemplaires de Mélodie, chronique d’une passion, destinés aux journalistes. J’ai profité de cette occasion pour aller voir le bureau 139 qui avait perdu son maître. Je suis resté seul une bonne dizaine de minutes dans cet espace qui fut le théâtre, durant des décennies, d’innombrables conversations littéraires. Je me suis permis de prendre quelques photos, en particulier celle d’une carte postale que je lui avais envoyée de Madrid le 9 décembre dernier. C’était Le Chien de Goya. J’étais allé voir au Musée du Prado ce bouleversant tableau que je commente dans les dernières pages de Mélodie. Je tenais à le voir avant de rendre les épreuves. Je pressentais que des modifications importantes s’imposeraient après un dialogue silencieux avec le tableau dans la salle 67 du Musée consacrée aux Peintures noires. J’avais adressé cette carte postale non pas à Gallimard, mais à l’adresse personnelle de J.-B.. Un mois et demi après, je la retrouvais donc dans son bureau de chez Gallimard, sur une étagère où étaient alignés les derniers volumes de la col. « La connaissance de l’inconscient ». Pourquoi a-t-il pris Le Chien de Goya pour le placer là ? J’ai été saisi d’une vive émotion. Tout à coup, je me suis senti tout orphelin.

Au moment où Mélodie, chronique d’une passion commence à vivre sa vie (sortie prévue pour le 31 janvier), je repense à toutes les conversations que j’ai eues avec lui au sujet de ce livre. J’ai achevé le manuscrit fin juin et je le lui ai envoyé début juillet. Le 16 juillet, J.-B. m’a écrit : « Je viens de lire ton manuscrit Mélodie. C'est très beau. Plutôt qu'une chronique de l'amitié, j'y ai vu la chronique d'un amour ou même la célébration d'une passion. Après Une langue venue d'ailleurs, voici donc, dans les deux sens du mot en français, une langue venue de tout près. Oreste et moi sommes bien heureux d'accueillir Mélodie dans la collection « L'un et l'autre » qui n'aura jamais mieux mérité son nom. Nous offrirons une nouvelle vie à ta bien-aimée. » Ces lignes résonnent aujourd’hui comme un immense encouragement dont j’ai besoin pour continuer à marcher sur le chemin de l'écriture.
Je vais poursuivre la marche que j’ai entreprise sous l’escorte de J.-B. comme s’il était toujours parmi nous, avec nous, comme s’il était en face de moi, en train de tendre l’oreille à mes mots. J’ai des livres de mon mentor à Tokyo, mais je vais me procurer tous ses livres que je laisserai dans mon bureau à Paris. Un dialogue, ininterrompu, commence...

Pendant ces quinze jours, j'ai souvent écouté Missa solemnis de Beethoven, en pensant très fort à J.-B.. Missa solemnis, opus 123, avec cette petite phrase que le compositeur a inscrite en tête de la partition : « Venu du cœur, puisse-t-il retourner au cœur ! », est la première référence musicale dans Mélodie, chronique d'une passion. A la cérémonie funéraire qui a eu lieu le 19 janvier au cimetière Montparnasse, cérémonie qui, placée sous le signe de l'amitié, ne manifestait aucune marque religieuse, on a surtout entendu de la musique de chambre de Ravel. Mais j'ose croire que J.-B. aurait aimé cette musique sacrée qui va, à mon sens, bien au-delà d'une simple musique religieuse. Voici un passage qui, avec le chant du premier violon solo, me touche tout particulièrement : Benedictus de Missa solemnis de Beethoven dans une interprétation de Herbert von Karajan qui date, je crois, de 1966. 合掌

13 janvier 2013 : Comment parler de la peinture ? Comment parler à la peinture ?

Voici trois historiens dont les propos sur leur rapport avec l'art m'émeuvent profondément. Georges Duby parle de Jean Fouquet et de Delacroix, Jean Starobinski de David et de Goya, et Alain Besançon de Velasquez. Plaisir et émotion.




Voir la vidéo sur le site de L'album des écrivains : ICI.

5 janvier 2013 : Jean Starobinski dans Carnet nomade de Colette Fellous sur France Culture

Écouter l'émission : ICI.

J'ai lu et relu avec la plus grande attention l'extraordinaire article de Starobinski « Le déjeuner sur l'herbe et le pacte social » repris dans Accuser et séduire, essais sur Jean-Jacques Rousseau, un des trois livres en question dans cet entretien.

Puis, voici les lignes qui terminent « Un bouquet pour Jean-Jacques Rousseau », le texte qui constitue l'Épilogue de ce livre.
« Dans le paysage humain qui l'entourait, Rousseau découvrait non l'harmonie de ce qui tient ensemble comme les fleurs d'un bouquet, mais l'arbitraire et l'abus. En même temps, il se préoccupa, à l'excès, du système hostile à sa personne qu'il imputait à des ennemis réels ou imaginaires. En contrepartie, il voulut définir les conditions nécessaires du bonheur et de la survie des communautés humaines. À partir d'une exigence de réciprocité, il souhaitait un système politique qui concilierait la liberté de chacun et la volonté de tous. Son éthique voulait que la réciprocité et la subordination ne fussent pas contradictoires.
Il eut donc le souci de poser les questions qu'il fallait, au moment où il était nécessaire qu'elles fussent posées. Il pensait au premier chef, assurément, à sa république natale. Mais son public, ses lecteurs, ses disciples furent européens, et bientôt américains. Son éloquence lui valut partout des disciples, et quantité d'ennemis. Il connut, devant la beauté du monde, des moments d'intense bonheur, et il sut les redire d'une façon qui nous fait partager cet émerveillement. Mais il connut aussi, devant la méchanceté des humains, réelle ou fantasmée, la plus intense angoisse. Il vécut la situation du maître de sagesse et la condition de la victime. Il fut le grand contradicteur, mais la contradiction le déchira lui-même.
Les problèmes qu'il a formulés se posent toujours à l'heure présente, cette fois à l'échelle de la terre entière. Saurons-nous leur apporter réponse ? Saurons-nous former ce grand bouquet ? Et d'abord quel est, concrètement, le sens de ce mot « nous » que je prononce si facilement, si légèrement, dans un monde où prévaut la discorde ?
Merci, Rousseau, de continuer à nous inquiéter. » (pp. 304-305)

Lire la présentation de ce livre sur le site de Gallimard : LinkIconICI.

4 janvier 2013 : le Concerto pour violoncelle en mi mineur (opus 85, 1919) d'Edward Elgar (1857-1934) interprété par Jian Wang

Depuis que j'ai découvert ce violoncelliste chinois dans les Trios pour piano, violon et violoncelle (opus 8 et opus 87) de Brahms aux côtés d'Augustin Dumay et Maria Joao Pires, je ne cesse de réécouter ce disque. Et aujourd'hui, je suis tombé tout à fait par hasard sur cet enregistrement qui permet d'entendre le Concerto d'Elgar dans son intégralité. Quel beau concerto ! L'émotion que j'ai éprouvée à l'écoute du disque de Jacqueline du Pré interprétant le même concerto m'est revenue.
Écouter sur YouTube le Concerto pour violoncelle d'Elgar interprété par Jian Wang : ICI.


Jacqueline du Pré interprète le Concerto pour violoncelle d'Elgar.

2 janvier 2013 : Paul Auster, Tombouctou. roman traduit de l'américain par Christine Le Bœuf, Actes Sud, Babel, 2008.

C'est « Le Chien » de Goya qui m'a conduit vers ce beau roman de Paul Auster. Merci à David Collin qui m'a indiqué la présence du « Chien » de Goya sur la couverture de ce roman.

« Le Chien » de Goya a une place importante dans mon prochain livre Mélodie, chronique d'une passion qui sortira fin janvier (Gallimard, collection « L'un et l'autre »). Il a surgi devant moi, de façon tout à fait inattendue, au cours de mon travail d'écriture. Depuis, je suis à l'affût des textes qui, de près ou de loin, entrent en résonance avec ce tableau.

Willy, le maître de Mr Bones, est mort. C'est la famille Jones (Alice, Polly, Tigre et Dick) qui a accueilli Mr Bones. Les humains parlent de « vacances en famille ».

« Tigre allait adorer rencontrer Mickey Mouse et Donald Duck, déclara-t-elle, et même si elle était, quant à elle, devenue trop grande pour ces enfantillages, elle se rappelait combien ça lui avait plu aussi quand elle était petite. Mr Bones savait qui était ce Mickey Mouse et, compte tenu de ce qu'on lui en avait raconté, il n'était guère impressionné par le personnage. Qui avait jamais entendu parler d'une souris qui possède un chien ? C'était risible, en vérité, une insulte au bon goût et au sens commun, une perversion de l'ordre naturel. Le premier imbécile venu pouvait vous dire que ça devait être le contraire. Les grandes créatures dominent les petites créatures, et s'il avait une certitude en ce monde, c'était bien que les chiens sont plus grands que les souris. Il se sentait donc fort intrigué, couché dans l'herbe en ce samedi après-midi de novembre, d'entendre Alice parler avec un tel enthousiasme du voyage projeté. Il ne comprenait pas, tout simplement, ce qui pouvait pousser les gens à parcourir des centaines de miles rien que pour voir une souris de pacotille. La vie avec Willy n'offrait peut-être pas de nombreux avantages, mais personne ne pouvait accuser Mr Bones de n'avoir pas voyagé. Il avait été partout, et en son temps il avait vu à peu près tout. Ce n'était pas à lui de le dire, bien entendu, mais si les Jones cherchaient un endroit intéressant à visiter, ils n'avaient qu'à demander, il aurait été enchanté de les conduire dans n'importe lequel d'une douzaine d'endroits charmants. » (pp. 189-190)